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A l’instar de votre réseau, RH Solutions, la plupart des sociétés de portage salarial affichent des résultats en croissance. A quoi attribuez-vous cette « belle santé » ?

Les membres de Peps*, le syndicat national du portage salarial, enregistrent déjà depuis plusieurs années une croissance de chiffre d’affaires supérieure à 10% par an (12,3% en 2015). Je pense que c’est simplement lié à l’évolution des besoins. Le portage se développe parce qu’il apporte, d’un côté, une réponse à l’envie d’entreprendre à moindre risque et, de l’autre, au besoin en flexibilité des entreprises.

 

Pouvez-vous nous rappeler le principe du portage et les critères à respecter pour pouvoir être « porté » ?
Une personne qui a recours au portage doit, comme tout indépendant, prospecter des clients, négocier ses tarifs, réaliser ses prestations, et elle est rémunérée proportionnellement au travail effectué. La grande différence, c’est qu’elle est salariée de la société de portage et bénéficie donc des avantages liés à ce statut (sécurité sociale, retraite…). Et qu’elle perçoit chaque mois un salaire pendant sa mission, sans attendre les règlements du client.
Quant aux conditions, il faut être bien sûr autonome et avoir des compétences à proposer. L’ordonnance du 2 avril 2015 a par ailleurs fixé une rémunération minimale de 270 euros par jour, ce qui élimine de facto de nombreuses professions.

On comprend que le portage apporte une sécurité très appréciable. Pour autant, si l’on considère que les charges qui incombent au porté sont supérieures à celles des autres indépendants, n’est-elle pas « chère payée » ?
Il existe effectivement une différence entre les charges assumées par un indépendant « classique », et celles d’un porté, l’écart étant d’environ 14% sur une année. Mais quels sont les apports ? Le premier est, je le disais, la sécurité, mais aussi la tranquillité, puisque le porté est déchargé de toute sa gestion : facturation, relance des impayés… Le second, c’est la couverture sociale. A titre d’exemple, lorsque vous dépendez du Régime de la sécurité des indépendants (RSI), l’indemnité journalière est comprise, en cas de maladie, entre 5,14 et 52 euros par jour selon vos revenus (après le délai de carence de 7 jours), soit 150 euros pour un mois d’arrêt, si vous percevez 1500 euros nets. Si vous êtes porté, votre salaire est maintenu.
Congé maternité, retraite, formation, indemnité décès… les différences sont tout aussi marquées dans de nombreux domaines, sans compter qu’en cas d’arrêt d’activité, le porté a droit aux allocations chômage. Et je ne parle même pas des nombreuses complications que rencontrent les indépendants avec le RSI…
Donc oui, 14% d’écart, cela peut paraître important, mais…

Les entreprises ont, elles aussi, changé de regard sur le portage, comment expliquez-vous cette évolution ?
La perception des grandes entreprises est effectivement différente. Elles abordent le portage comme une nouvelle solution pour bénéficier de compétences externes. Qui leur permet aussi de se prémunir de risques juridiques, notamment celui lié aux requalifications de missions en CDI…

Le nombre de portés est estimé à 30.000 indépendants, ce qui reste peu au regard des 3 millions de personnes qui ont une activité non salariée. Quels sont les aspects qui freinent encore son essor ?
Le Peps évalue le potentiel de portés à 600.000 personnes à court terme, mais c’est vrai que nous en sommes encore loin. Je pense que le dispositif manque encore de notoriété. J’observe, à ce titre, que les pouvoirs publics communiquent sur l’intérêt du portage, mais qu’il y a toujours très peu de relais. Le portage reste le grand absent des réunions d’information sur la création d’entreprise, pas plus qu’il ne figure dans les documents de présentation des divers statuts possibles…
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

*Professionnels de l’emploi en portage salarial

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Communiqué de presse