Le concept de portage salarial est simple : il constitue un statut innovant qui permet à des professionnels autonomes de créer ou d’exercer leur activité sans les contraintes et les risques inhérents à la création d’entreprise ou aux statuts plus précaires comme ceux de la micro-entreprise ou du travailleur indépendant (TNS - travailleur non salarié).

Une nouvelle forme d’emploi

Le portage salarial instaure une relation tripartite entre un travailleur indépendant (le porté), ses clients et l’entreprise de portage. Les professionnels indépendants qui choisissent ce statut pour exercer leur métier sont salariés de la société de portage et bénéficient de la sécurité et de la protection sociale attachées à ce statut : prévoyance, sécurité sociale, retraite, assurance chômage... ainsi qu’une autonomie dans leurs actions commerciales et la réalisation de leurs missions auprès de leurs clients.

Une réponse à la nouvelle donne du marché du travail

Si le CDI reste la forme très largement dominante d’emploi (87%), des formes particulières comme le CDD et l’intérim ont émergé. Après une forte progression au cours des années 1980 et 1990, la part de ces contrats temporaires s’est stabilisée depuis le début des années 2000 autour de 13,5% de l’emploi salarié. On observe en outre un raccourcissement de la durée de ces contrats temporaires, avec une très forte progression des CDD de moins d’un mois depuis 2003, atteignant presque le nombre de 3,9 millions début 2016, notamment dans des secteurs du tertiaire ayant recours aux CDD d’usage.

Les modalités d’exercice de l’emploi salarié évoluent également. Le travail à temps partiel progresse, de même que les horaires décalés et variables. L’essor important du télétravail depuis les années 2000 contribue également à modifier le visage de l’emploi. Autre phénomène marquant : le développement de la pluriactivité et de l’emploi multi-employeur. Des formes d’emploi aux frontières du salariat et du travail indépendant, comme le portage salarial, apparaissent.

Certaines de ces évolutions correspondent aux aspirations des salariés : mieux équilibrer vies professionnelle et personnelle pour améliorer leur qualité de vie. Mais ces nouvelles formes d’emploi peuvent être une source de précarisation. Pour les entreprises, ces évolutions constituent une réponse aux exigences productives et sont induites par les changements techno- logiques qui transforment la relation d’emploi. Dans ce « paysage éclaté et complexe », des enjeux publics majeurs se jouent en matière d’accès ou de retour à l’emploi et de création d’emploi. La sécurisation des parcours professionnels, la protection sociale des travailleurs, la réglementation de ces nouvelles formes d’emploi et l’assouplissement des normes applicables au travail sont également en jeu. Face à un monde du travail à géométrie variable, le décideur doit se servir de l’ensemble de ces éléments comme autant d’outils d’innovation et de croissance.

Dans une conjoncture économique et un marché de l’emploi tendus, le travail indépendant progresse. Entre 2009 et 2014, le nombre d’indépendants dans le secteur tertiaire a progressé de 25% et devrait continuer à augmenter à un rythme soutenu à l’horizon 2020. La numérisation de l’économie et l’avènement des plateformes collaboratives -avec une ubérisation de l’emploi qui facilite l’essor du travail à la demande-, permettent à de nouvelles formes de travail d’apparaître, amplifiant ce phénomène. Le portage salarial permet aux professionnels d’exercer leur activité sous un statut reconnu, celui de travailleur porté. La société de portage contractualise et facture leurs prestations dans le cadre fixé par la loi. La société de portage salarial représente un partenaire de confiance entre le porté et le client final. Avant tout, elle accompagne l’indépendant porté dans sa démarche de positionnement et de mission, ainsi que dans ses démarches administratives et sociales.

Le portage salarial offre un statut sécurisant aux actifs qui souhaitent exercer une activité professionnelle de façon indépendante, en leur donnant accès au régime général de l’assurance maladie ainsi qu’au régime général de l’assurance chômage.

Un outil des politiques d’emploi

Le contexte économique et social qui génère une appétence pour le statut protecteur qu’est le salariat et le modèle du CDI, ainsi que l’attachement des Français au système de protection sociale peuvent apparaître comme un frein à l’essor de ce mode de travail. De son côté, le monde de l’entreprise appelle à assouplir la législation du travail et à en abaisser le coût afin de protéger la compétitivité française.

Ainsi, la recherche de solutions intermédiaires entre le salariat et l’activité indépendante devient une priorité pour fluidifier l’emploi. Le portage apparaît comme une troisième voie répondant au besoin actuel de flexisécurité.

Le portage salarial, par son caractère innovant, correspond en effet parfaitement à cette nouvelle donne. C’est un statut hybride et innovant combinant les caractéristiques de l’activité indépendante et de l’activité salariée. Il allie la souplesse et la flexibilité propres au travail indépendant et la protection du salariat.